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L'émergence d'une citoyenneté plus critique j’aime

L'émergence d'une citoyenneté plus critique

Date : 04/07/2011 à 13h05
Entretien avec la sociologue Anne Muxel, autour du vote blanc et du renouvellement démocratique.

Pourquoi n'y a-t-il jamais vraiment eu de débat ni de proposition de loi visant à reconnaitre le vote blanc comme une expression citoyenne ?

Je ne pense pas que l'on puisse dire que la question de la reconnaissance du vote blanc n'est pas débattue, ni par le personnel politique ni par l'opinion publique. Il y a par exemple un parti blanc (http://www.partiblanc.fr/), ou encore actuellement une pétition qui circule en ligne. Si on ne retrouve pas forcément cette question dans les médias dominants, on trouve énormément de choses sur Internet. Cette question revient assez régulièrement : elle a été abordée à certains moments dans les débats parlementaires et elle est souvent évoquée de pair avec la question de l'augmentation de l'abstention.

Si cette question affleure aujourd'hui, c'est bien évidemment en réponse à la crise de la représentation politique qui sévit depuis maintenant une vingtaine d'années en France. À l'avant-veille de l'élection présidentielle, cela augure d'une plus grande difficulté à faire des choix politiques dans l'offre électorale qui sera proposée.

On observe un affaiblissement de la norme civique attachée au vote, tout particulièrement pour les jeunes générations. On observe également un rapport au vote plus intermittent où l'usage de l'abstention s'est assez largement banalisé. Il a donc une reconnaissance sociale mais aussi politique, dans la mesure où l'abstention est porteuse d'un message politique d'insatisfaction.

La question du vote blanc n'est pas très éloignée de celle de l'abstention dans le jeu politique, puisqu'au fond c'est à peu près le même message que l'on fait passer : la non-reconnaissance de l'offre politique proposée, et le malaise ressenti par rapport à la nécessité d'exprimer un choix. Cela est révélateur de l'émergence d'une citoyenneté plus critique.

Quels sont selon vous les enjeux et les risques inhérents à cette reconnaissance ?

Le vote blanc pourrait être vu comme un moyen d'endiguer l'abstention, sa prise en compte étant une manière de permettre d'exprimer son mécontentement. En même temps, on peut faire l'hypothèse que le vote blanc, en cristallisant les mécontentements, risquerait de mettre en péril non seulement la légitimité du résultat des élections, mais plus fondamentalement le système démocratique et le vote.

Dans les pays où le vote est obligatoire, certains moyens sont prévus par la Constitution pour faire en sorte que des élections soient réorganisées dès lors que les votes blancs ont la majorité des suffrages exprimés. Mais que signifie refaire des élections si l'offre électorale reste la même ? A terme, cela peut ouvrir la porte à des crises successives du système politique. Il faudrait assortir la reconnaissance du vote blanc de garanties pour qu'elle ne soit pas un instrument de blocage de la démocratie représentative.

Y a-t-il des pays qui ont adopté le vote blanc ? Quel bilan peut-on en faire ? L'adoption de la reconnaissance du vote blanc s'accompagne-t-elle d'un caractère obligatoire du vote ?

En Europe, à l'exception de la Suède, il n'y pas d'autres expériences où le vote blanc est reconnu sans qu'il y ait de vote obligatoire. La question de la reconnaissance du vote blanc ne se pose d'ailleurs que quand le vote n'est pas obligatoire. Le vote obligatoire est quant à lui appliqué en Belgique, au Luxembourg et à Malte.

En ce qui concerne la Suède, il est difficile de tirer des conclusions car nous ne sommes pas dans la même culture politique. Je pense que dans ce pays, l'impact que peut avoir l'importance du vote blanc n'est pas de même ampleur ni ne peut avoir la même signification que dans notre pays, structuré par la bipolarisation gauche/droite qui organise encore assez largement la vie politique, et où la protestation politique est nettement plus marquée. Si on reconnaissait le droit du vote blanc dans un pays de culture protestataire, les conséquences ne seraient pas du tout les mêmes que dans des démocraties comme celles du Nord de l'Europe, où le consensus est beaucoup plus organisé et où la culture de la protestation est beaucoup plus faible.

Notre culture politique n'est pas non plus favorable à l'instauration d'un vote obligatoire. On ne peut pas changer complètement notre rapport au vote, qui trouve ses racines dans la citoyenneté instaurée au siècle des Lumières, pour laquelle tout acte citoyen est libre, consenti et responsable. De plus, dans les pays où le vote est obligatoire, l'abstention est assortie de peines et de sanctions. Or chez nous, il n'y a pas cette culture civique qui permettrait de faire en sorte que ces sanctions soient concrètement appliquées. Il est très difficile de changer non seulement les comportements mais aussi l'histoire des mentalités, qui se façonnent dans le temps.

Dans un contexte morose dans toutes les démocraties occidentales (crise économique, montée des partis populistes dans les urnes), y a t-il des expériences réussies de participation des citoyens à la vie publique ?

Toute expérience qui renforce la participation des citoyens renforce la démocratie. Beaucoup de partis politiques dans la période récente se sont focalisés sur la nécessité de plus de démocratie participative. Il y a là une revendication de la part des citoyens vers plus de participation directe, non encadrée par la médiation de l'engagement partisan ou syndical. Ces expériences fleurissent dans bon nombre de pays et de circonstances. Les comités de quartiers par exemple. Parallèlement, il y a une attention portée par les politiques à la société civile, avec l'idée qu'elle puisse être présente dans les gouvernements mais aussi dans les différents rouages de la représentation. Il y a de plus en plus d'élus qui en émanent. Tout cela va dans le sens d'une participation plus directe des citoyens à la vie politique, mais aussi à la représentation.

La question de la démocratie dans les années à venir se pose autour des nouvelles articulations à trouver entre la démocratie participative, la démocratie représentative et la démocratie d'opinion. En effet, la société civile comme le personnel politique ont à leur disposition des outils nouveaux, différents, au travers desquels les opinions s'expriment et peuvent influencer les élections ainsi que les choix des gouvernants. Cette démocratie d'opinion peut dans certains cas opérer comme un véritable levier décisionnel, ce qui constitue une nouvelle façon de faire de la politique. Nous sommes là dans un contexte qui a changé et dont on ne sait pas très bien les conséquences qu'il aura à terme sur les citoyens de demain.

Quel est le principal frein institutionnel à la mise en place d'une interdiction du cumul des mandats ? Est-ce une réponse trop simple à l'essoufflement de la vie politique française ?

Le non-cumul des mandats permettrait de renouveler la classe politique, mais aussi la redistribution des responsabilités. Cela permettrait aussi d'introduire davantage de représentativité en fonction de la diversité des couches de la société et des individus. Tout cela irait dans le sens d'une plus grande représentativité et permettrait probablement par ailleurs de lutter contre le discrédit associé à la classe politique, jugé coupée de la société.

Les réticences sont celles des hommes politiques, qui ont envie de garder les positions de pouvoir et les responsabilités. Mais il y a aussi des réticences liées à la nécessité de maintenir des réseaux institutionnels, partisans, au travers des élus locaux. Par le cumul des mandats, des politiques ont des responsabilités nationales et locales et des liens entre ces deux niveaux peuvent ainsi être davantage maintenus que si ce n'était pas le cas. L'idée de carrière politique, très présente en France, est également un frein.

Le tirage au sort-il pourrait-il être une solution pour un renouvellement du système politique ? Améliorerait-il l'implication des citoyens ? Dans quels cas l'appliquer ?

Pourquoi pas ? Mais si l'on tire au sort des citoyens peu impliqués, cela n'aurait pas beaucoup d'intérêt. Pour faire de la politique, il faut être animé par un intérêt pour la vie de la Cité, ce qui n'est pas le cas de tous les citoyens. Donc, cette option a des vertus, mais elle a aussi des limites. Les gens qui font de la politique doivent être des gens engagés, concernés, responsables.

Dans un contexte de déclin des grandes idéologies, qu'est-ce qui aujourd'hui permet/conduit à une "politisation" des citoyens, et plus particulièrement des jeunes ? Et pour quelles formes de participation ? Quel regard porter alors sur les mouvements actuels en Europe ?

Nous allons vers une participation plus affranchie encore qu'elle ne l'est actuellement des médiations institutionnelles, qu'il s'agisse des organisations partisanes ou syndicales. Les mobilisations collectives qui ont du succès échappent à cette organisation hiérarchisée que supposent les partis ou les syndicats. Elles cherchent à inventer d'autres modes d'organisation, plus en réseau, plus horizontaux, moins hiérarchiques, et davantage tournés vers une interpellation directe des pouvoirs publics. Ces derniers sont sommés d'apporter des réponses dans un temps bref à l'ensemble des revendications exprimées. Ce changement dans la temporalité même de l'action collective constitue un des bouleversements majeurs de ces dernières années. L'idée d'un engagement sur le long terme pouvant déboucher sur des transformations sociales lointaines, que l'on ne verrait pas forcément de son vivant, n'est plus possible. Il y a la nécessité d'une action ciblée, sur un enjeu précis, avec un débouché rapide, mettant en oeuvre des solutions pragmatiques. C'est un schéma d'action collective qui s'est modifié.

Pour aller plus loin :

+ Site de l'association pour la reconnaissance du vote blanc, www.vote-blanc.org/

+ François Krug, « Sur le vote blanc, les politiciens s'abstiennent toujours », Rue89, 8 juin 2011, www.rue89.com/idees-land/2011/06/08/sur-le-vote-blanc-les-politiciens-sabstiennent-toujours-203454

+ Gil Delannoi (CEVIPOF), « Le retour du tirage au sort en politique », www.fondapol.org/etude/2031/

+ Interview de Gil Delannoi, www.fondapol.org/fondapol-tv/2032/

+ Bruno Cautrès et Anne Muxel (dir.), « Comment les électeurs font-ils leurs choix ? », Presses de Sciences Po, Paris, 2009

Bastien Engelbach

Par bengelbach, le 04/07/2011 à 13h05

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